ReadyMade global et critique de la médiatisation à outrance dans un monde en pleine explosion
L’idée de ces ateliers est de proposer parallèlement aux étudiants de lettres et à ceux de Sciences-Po à Poitiers, une série de huit ateliers d’écriture sur la société, le monde qui nous entoure, dans une interrogation de la langue. Notre société nous impose la blessure et le manque ; notre monde y répond par la nécessité d’un dire qui ne se contente pas de témoigner : à la croisée des sens on y entend battre — dans tous les sens du terme (donner des coups pour la vie, frapper pour la mort) — un cœur.
Confronter le jargon économico-administratif aux "brèves de comptoir" dont on est tous témoin tous les jours, détourner les tics et les codes du langage juridique, tordre le cou à la "langue de bois" politique, aux messages publicitaires, au formatage des nouvelles du 20 heures, et à la mondialisation qu’on nous propose en kit. Composer à partir de ce matériau hétéroclite une sorte de ReadyMade global.
Jean-Charles Masséra, United Emmerdements Of New Order, précédé de United Problems Of coût de la main-d’oeuvre, P.O.L.
Quelques fragments de commentaires en direct sont sélectionnés (à la télé, à la radio), des bribes d’information (dans la presse), diverses sources médiatiques sous lesquelles se trouve noyé aujourd’hui notre quotidien, progressivement modifiés, interpénétrés, échangés, mixés. Dans cet incongru mixage, les phrases prennent alors la tournure d’effrayantes ritournelles. L’ensemble produit une langue morcelée, déroutante, qui s’érige sur et par le chaos, en une critique de la médiatisation à outrance dans un monde en pleine explosion.
Patrick Bouvet, Chaos Boy, éditions de l’Olivier, 2004
Participants : Charline Hatton, Anaïs Durand, Beth McMillan Lownds, Lyse Cordaux, Charlotte Robert, Elodie Grondin...
Cindy m’était contée
Cindy, jeune technicienne de surface, s’est pacsé hier avec la directrice d’un grand groupe agroalimentaire américain, Johanna Food. Elles se sont rencontrées lors d’une conférence-débat sur les OGM il y a quelques mois. Johanna Food, qui faisait une démonstration scientifique sur les avantages des manipulations génétiques avait demandé à ce qu’un spécimen de citrouille rose lui soit apporté comme support de son argumentaire. C’est Cindy qui a été chargé d’apporter la cucurbitacée ; en effet, la récession économique actuelle oblige les jeunes a multiplié les petits boulots. Son Iphone a glissé de sa poche et est tombé aux pieds de Johanna Food, qui l’a ramassé. Usant des moyens technologiques de notre société moderne, et notamment des réseaux sociaux tels que Facebook, Johanna Food a réussi à retrouver la jeune fille. Cette union a suscité la colère des groupes conservateurs qui, tenant des propos homophobes, ont manifesté hier dans la capitale. Des militants anti-OGM, menés par les demi-sœurs de Cindy, en ont également profité pour infiltrer la manifestation et relancer le débat sur les manipulations génétiques légumières.
Figaro
Figaro : les Français enfiévrés d’écri-
Ture pitudes politiques d’une cri-
Se où s’élève en colère l’agri-
Culture où à lecture on préfère écri-
Ture bulences sociales, les réfugiés repris
De justice en cavale, innocents empri-
Sonnés les Français, de ce qu’ils ont appris.
Galettes Bonne Maman & Co
24 août 2009 , 16h08. La numéro 2 de l’entreprise Galettes Bonne Maman &Co a été vu prenant la direction du siège social (où travail son estimée P.D.G.) de l’entreprise qui abreuve le monde de délicieux gâteaux purs beurre sans additifs ni conservateurs mais également sans matières grasses hydrogénées comme le stipule la loi en vigueur. Les-dits gâteaux permettent à la compagnie d’être leader sur un marché pourtant inondé de produits similaires.
16H08. A la même heure une crise financière majeur se joue au siège social de Galettes Bonne Maman &Co, notre informateur était présent sur les lieux. Carnassier Entreprise, vrai loup de la finance a lancé une O.P.A. sur Galettes Bonne Maman &Co et grâce à un habile achat d’actions et un consortium de rusés requins il a littéralement dévoré « Bonne Maman ».
16H15. Le numéro ne se doutait de rien et arrivée dans le bureau de son ancienne patronne, elle a été renvoyée sans indemnités ni parachutes . Étant donné son grand âge (35 ans) il est peu probable qu’elle retrouve un jour du travail.
18H00 Coup de théâtre à la Défense. Notre envoyé spécial nous a informé que la Commission de Sécurité anti-trust a été informé des malversations financières du P.D.G. de Carnassier Entreprise qui a été assigné en justice. Il a été arrêté sur le tarmacadam de l’aéroport d’Orly alors qu’il partait vers un quelconque paradis fiscal.
19H00 Fin de ce conte financier. Le P.D.G. de Galettes Bonne Maman &Co a décidé de se retirer des affaires et laisse la place à son numéro 2.
Psychose
Appels en suspends,
Violence qui tue,
Argent qui pourrit,
Qui se soucie des glaces ?
Tsunami dans la finance,
Parachutes dorés survolant la Crise,
Rage d’employés jetables,
Qui se soucie du cancer du poumon vert ?
Malades imaginaires affolés par un rhume,
Viandes, pain, lait cancérigènes,
Ondes magnétiques qui érodent le cerveau,
Qui veut nous faire peur ?
Jack
La famille de Jack vit sans une situation d’instabilité fiscale permanente. Avec un capital presque nul, ils doivent un matin vendre leur seul actif en espérant que ceci les permettra de remplir leurs caisses et oublier, pour le moment, le vide dans leurs stocks alimentaires. Jack est chargé de la mission et, en tant que porte parole de ses proches, part chercher des richesses.
Cependant, quand il rentre plus tard il a les mains vides. On lui demande ce qu’il a fait et il répond qu’il a investi dans un coup sûr. Ses proches n’en croient pas leurs oreilles et répondent qu’il a surement été dupé. Selon un représentant de la famille avec qui nous avons pu parler, il aurait investi dans une proposition de croissance d’investissement très risqué.
Quelques jours plus tard, au grand surpris de sa famille, on lui annonce qu’il a accru des profits. Alors Jack commence à gravier les échelons de Beanstalk© pour récolter les bénéfices. Hélas, Jack doit surmonter un problème que même les opinion polls n’avaient pas prédit : l’organisation agro-alimentaire de l’O.G.R.E. Cette corporation qui se spécialise dans la production du Pain à l’Englishman™ lui aurait causé de gros ennuis s’il n’avait pas eu de bons stratèges et des initiatives bien placés.
Jack s’empare donc de son bonus : l’OOD (l’Oie aux Œufs Dorés).
En fin de compte, par précaution, il coupe tout lien avec Beanstalk© par moyen de la proverbiale hache et l’O.G.R.E. s’effondre, laissant le marché ouvert, plus stable et plus sûr.
Poème (inachevé)
Grippe A, Grippe B, Grippe C,
Hier c’était les piafs,
Aujourd’hui c’est les porcs.
Vache folle, mouton folle, quoi encore ?
Avec tout cela,
On devrait tous être morts.
Grippe A, Grippe B, Grippe C,
Au sein des entreprises,
C’est aussi la crise.
Travaille en coulisses)
Il avait 100 ans,
Nous avons pensé à la boîte à chaussures,
Peintres, sculpteurs, vidéastes, chanteurs de territoire.
Il est resté sur sa faim ;
Le mur tient le rôle de triste héros,
Déjà qualifié pour les huitièmes.
Une minorité est déçue,
Il est vexant pour les patients et leurs familles d’être renvoyés vers des services vétérinaires,
C’est vrai qu’il y a une petite agitation.
Que de temps perdu.
Les entreprises du sud de la Chine croulent,
Les mouvements éphémères de la vie finiront par s’effacer.
Le business est de retour,
Le premier ministre russe a averti hier l’Union Européenne :
Nous aussi, on va jouer au fond, pour se consacrer au championnat.
Testé sur le terrain,
C’est l’occasion de donner une dernière chance à ce serpent de mer,
Il a décidé de boycotter son procès.
Un mage sans étoile,
L’ancien premier ministre ne lâche rien,
Un mur à Berlin ne se contente pas de raconter l’histoire de sa chute.
Les trois frères
Les trois frères avaient trouvé un emploi (un CDI en temps normal, c’est bien, mais en plaine crise, cela tient du miracle), et avaient pu faire des économies (malgré les quelques actions en bourse sur le conseil de leur père, qui au lieu de leur faire gagner quelques dizaines d’euros, leur en avaient fait perdre quelques centaines). Ainsi, pour les trois, le temps était venu d’utiliser le plan épargne logement afin de se faire construire une maison (la terre est un des meilleurs placements, paraît-il). Si le projet était similaire pour les trois, l’accomplissement de celui-ci prenait une direction différente pour chacun.
Les moyens du premier étant limités, il décida de faire construire une maison en paille : à l’ancienne, une valeur sûre selon lui, qui plus est, agriculteur, il n’eut aucun problème pour se procurer des matières premières.
Le second voulait une maison moderne, respectueuse de l’environnement. Il effectuait le tri sélectif depuis longtemps, mais après avoir vu le film de Nicolas Hulot et que des termes, tel que réchauffement climatique, lui eurent bourdonnés aux oreilles pendant quelques heures, il ne jura que par les énergies renouvelables : la maison serait donc en bois, avec panneaux solaires et toilettes sèches bien évidemment.
Le troisième, chef d’une entreprise de trente salariés (dont cinq toujours en arrêt maladie), roulant en 4x4 (la taxe carbone, lui, aucun souci, de toute façon, après l’impôt sur la fortune…) faisait construire une grande maison, en brique, car la paille ce n’est pas solide, et en bois, il n’y voyait aucun intérêt, ni avenir. Nous avons toujours fait des maisons en briques, pourquoi changer pour le pôle nord, qui soi-disant, va fondre ? Sa maison, luxueuse, chauffée à l’électricité nucléaire, une piscine chauffée aussi, et contenant des milliers de litres d’eau changée régulièrement, n’étaient que des bagatelles de la maison. L’argent, il l’avait gagné, et il le dépensait comme bon lui semblait, peu importe les discours écolo.
Mais un jour, une autorité arriva, et décida de la destruction de la maison du premier pour y faire un champ d’éoliennes. Il dut quitter sa maison (mais il fut dédommagé, comme l’assura l’autorité en question). Eh oui, il en est toujours de même, un peu d’argent, ça apaise les esprits, et facilite les choses et il ne faut pas oublier que l’argent fait le bonheur de nos jours.
Le troisième fut aussi inquiété ; son terrain, représentant quelques hectares, lui fut racheté d’office, sa maison détruite, pour y faire un lotissement pilote, aux énergies renouvelables. Lui aussi fut indemnisé.
Tous deux étaient désemparés : ils se retrouvaient sans logement, ou plutôt, sans leurs logements, car ils n’en voulaient pas d’autre, mais pourtant bien au-dessus du seuil de pauvreté, grâce aux indemnités. Ils vécurent quelques temps comme des clandestins, puis demandèrent asile à leur frère, qui avait pris dès le début une décision sûr et tournée vers l’avenir. Lorsqu’il avait présenté son idée, les deux autres avaient beaucoup rient, mais aujourd’hui, ils comprenaient que leur frère avait eu raison de croire à l’écologie et de vouloir sauver la planète.
Comment motiver les enfants ?
L’école est un lieu d’instruction, mais aussi d’agressions
Une recrudescence de celles-ci, paraît-il,
Alors que l’absentéisme se voit soigné par l’argent,
Comment motiver les enfants ?
L’école est-elle toujours et uniquement un lieu d’instruction ?
Le retour en force du bizutage, aboli en 98, toujours en pratique en 2009.
Retour de cette pratique d’humiliation, ou a-t-elle jamais cessé ?
L’école est-elle toujours et uniquement un lieu d’instruction ?
Lorsque même le ministre de l’éducation fait des fautes dans son rapport,
Que devient l’instruction ?
Sans trop de pessimisme, répondons à cette question :
L’école sera-t-elle toujours et uniquement un lieu d’instruction ?
Peut-être, mais que fait-on des agressions ?
En périphérie des grandes villes
Tout à commencé dans un petit dans un petit village en périphérie des grandes villes. Une jeune fille sans histoire s’apprête à partir pour rendre visite à sa Mère Grand, victime de la crise économique qui s’est abattu sur le monde entier et a fragilisé les strates sociales déjà nécessiteuses dont les retraités font partis. Elle prépare donc son panier qu’elle garnit de vivres de base et quitte son domicile vers dix heures du matin, heure locale. Comme à son habitude elle passe à travers un petit bois, préférant la nature au centre ville pollué, soucieuse du respect de l’environnement et consciente du bénéfice de la marche à pied sur la surcharge pondérale accumulée à cause de la mal-bouffe, à l’origine de la constante augmentation du taux d’obésité en France. Tout en cheminant elle regarde les arbres se dresser autour d’elle, majestueux, et une larme nait au coin latéral gauche de son globe oculaire à la pensée de la déforestation massive qui empute la forêt amazonienne de ses membres et asphyxie une terre déjà malmenée par l’homme qui troue la couche d’ozone a force de rejets toujours plus importants de gaz à effet de serre.
Quoi qu’il en soit notre jeune fille éco-citoyenne et éco-responsable arrive à mi parcours lorsqu’elle croise un individu glauque qui s’avance vers elle. Se disant qu’il devait s’agir d’un SDF, peut être une victime collatérale de la crise et du sur-endettement, elle se laisse approcher se souvenant qu’il ne faut pas laisser les gens dans le besoin s’enfoncer dans l’isolement et la solitude. Après un bref échange durant lequel elle lui raconte qu’elle se rend chez sa pauvre Mère Grand, elle poursuit son chemin.
Elle atteint finalement le HLM délabré dans lequel réside sa Mère Grand. Elle s’avance alors jusqu’à la porte de cette dernière et sonne. Une voix rauque, qu’elle n’identifie pas comme étant celle de sa Mère Grand lui intime d’entrer. L’angoisse la saisit alors la faisant hésiter. Sa Mère Grand doit être malade, la grippe A à coup sûr, qui atteint désormais le niveau de pandémie faisant chaque jour de nouvelles victimes, et elle qui n’est même pas encore vaccinée contre la grippe saisonnière.
Mais la non-assistance à personne en danger étant un délit, elle entre. L’appartement est plongé dans la pénombre, sans doute dans un soucis de faire des économies d’énergie en ne laissant allumée qu’une veilleuse fonctionnant grâce à une ampoule base consommation. Elle s’approche du lit pour embrasser la vieille femme et reste paralysée en découvrant l’homme qu’elle avait croisé plus tôt, vétu de la chemise de nuit blanche 100% coton bio, hypo-alergénique de sa Mère Grand. Le gredin fond alors sur la jeune fille et une lutte acharnée a lieu. Heureusement, un démarcheur de France Télécom, venu dans l’idée de vendre au moins un forfait dans la journée, afin de ne pas sombrer dans la dépression, ou pire d’être obligé de se suicidé comme ses collègues non rentables, arrive à hauteur de la porte et entend des bruits suspects. Il entre et voit l’agresseur qu’il assomme d’un coup violent grâce à son pack dix heures gratuites et illimitées vers fixes et mobiles. L’homme tombe raide mort et la jeune fille est miraculeusement sauvée.
La crise
Un avion qui s’abîme en pleine mer et une nation entière sombre dans la peine, Le deuil s’installe et se prolonge lorsqu’une joggeuse est retrouvée assassinée, L’homme a peur alors et se recentre sur sa famille, Mais nul réconfort, les temps son durs, on est en crise ! Alors on travail pour oublier, ça tombe bien il faut travailler plus pour gagner plus, Pourtant l’argent manque comme le travail et certains attentent même à leur vie,
On est en crise !
Ainsi on jette un regard à l’étranger pour voir si un monde meilleur est vraiment possible, Mais la Terre tremble, elle se rebelle, se fait meurtrière, Rien y fait, le chaos règne et même les porcs s’y mettent.
On est en crise !
Pourtant, on trouve encore la volonté de s’apitoyer devant un ours blanc hébété sur sa banquise qui fond
On est en crise !
Banlieue lugubre
Une jeune fille a été retrouvé morte dans le fond d’un caniveau hier soir. Du moins elle a été déclaré cliniquement morte, car elle est sortie de sa léthargie ce matin, avec la seule intention de retrouver le salopard qui lui a posé un lapin hier soir !
Celui-ci lui donna comme excuse qu’il ne pouvait pas se permettre de dépenser ne serait-ce qu’un euro étant donné la crise actuelle... Excuse bidon, pensa t-elle. Richard avait été licencié pour cause de restructuration du personnel. En gros il fallait réduire l’effectif des salariés, et on a jugé que son poste n’était pas réellement indispensable dans la boîte. Vous savez c’est cette grande firme où pas mal de monde a pété un câble dernièrement à cause de la pression endurée au boulot... Enfin bref, c’est triste mais Richard ne voulait pas se laisser abattre. Et il décida de devenir le plus économe possible, pour assurer les prochains mois de chômage. Voilà son explication ! C’est un peu gros, non ?!
La belle fille l’attendit toute la soirée dans un bar glauque de sa banlieue lugubre. Elle attisa la curiosité cette nuit-là. Tout le monde avait remarqué sa beauté et sa blancheur exceptionnelles. Un p’tit gars laid et grognon vint l’aborder mais il se fit vite jeter. Un deuxième au nez rouge, vint lui offrir un verre. Il reniflait et éternuait sans cesse. La meuf étant dégoûtée par son état maladif refusa, et alla s’asseoir plus loin. Mais elle n’était pas au bout de ses peines... Un autre mec l’aborda. Il était lui aussi très petit. Difficile de savoir si c’était un homme ou un ado ! Il ne semblait pas encore avoir mué et il était plutôt bébête... Blanche n’en pouvait plus, elle se mit à pleurer. Elle en avait marre d’attendre son soi-disant prince charmant. Mais est-ce que les princes charmants existent encore ? Si l’on compte le nombre de filles plaquées, trompées, violées ou encore tuées par leurs mecs... Y’a de quoi s’poser la question, non ?!
Le troisième nain partit, croyant qu’il était la cause des chagrins de la malheureuse fille. Mais elle ne s’arrêta pas d’chialer... Une bande de nains, quatre au total rentrèrent dans le bar. Comment pouvait-il avoir autant de nains dans le même bar, d’une même rue, du même patelin ? Mystère ! Ms Blanche ne se posa même pas la question, elle foudroya les nains du regard. Ceux-ci éclatèrent de rire. Ils attrapèrent la jeune fille et la conduisirent à ’extérieur du bar. Elle se débattait et criait, mais personne ne bougea le p’tit doigt. Toutes les pauvres âmes de ce bar pourri étaient dans un état comateux. A part une... Arrivés dehors, les nains entendirent une sirène de police. Ce son inquiétant pour certains, rassurant pour d’autres, étai vraiment très proche. Ils lâchèrent Blanche et partirent en courant le plus rapidement que leur permettaient leurs courtes jambes. La jeune fille se croyait sortie d’affaire, et reprenait peu à peu son souffle. Elle vit une femme dans un coin. Elle était éclairée par la faible source de lumière projetée par l’enseigne du bar, et elle l’observait. Elle ressemblait à une femme fatale. Cette impression était d’autant plus accentuée par son maquillage provoquant et son regard de braise. Blanche tendit la main vers la belle femme afin de demander de l’aide. Celle-ci se pencha vers elle et lui fit boire une mixture que Blanche, incrédule, prit pour un médicament... Des petits points noirs commençaient à apparaître devant ses yeux. Une violente migraine implosa dans sa fragile petite cervelle... Et elle se réveilla sur un lit d’hôpital le lendemain, dans le service des cas déclarés cliniquement morts.
Richard ne savait même pas qu’un tel service pouvait exister. Tout comme il ne pensait pas que juste le fait de manquer un rendez-vous pouvait enclencher la mort de quelqu’un. Lui tout ce qui l’intéressait c’est de tenter de faire face à sa situation économique défaillante.
En voyant son gars, Blanche repris immédiatement des couleurs. Elle écoutait son charabia sur la cause de son absence d’hier soir, et faisait semblant de lui en vouloir à mort. Mais au fond elle s’en foutait, elle était heureuse d’être à ses côtés... On entendait vaguement en bruit de fond, un reportage à la télé. C’était une interview d’un d’un petit homme, encore un, qui débitait un flot de paroles saccadées sur la sécurité dans les banlieues. Une infirmière partit d’un éclat de rire bruyant, qui coupa court au monologue de Richard. Blanche éteignit la télé et se rhabilla. Hors de question de rester une minute de plus dans le service des déclarés cliniquement morts... C’est absurde !
Les droits de la femme
Manifestation pour les droits de la femme.
Témoignage d’une jeune femme victime d’excision.
Des milliers de gens fourmillent sous mes yeux
Ils crient, hurlent, pleurent, meurent.
Volonté de combattre auprès de celles qui souffrent
Leurs voix sont muettes, personne ne les entend
On en parle un jour, puis on oublie...
Elles ont perdues leur féminité dans la fleur de l’âge
Mutilées par des mains inconnues, ou parfois connues
Se sont leurs mères, leurs frères, leurs pères,
Toute une patrie vouée à la tradition ancestrale.
Elles perdent leurs sœurs, et pleurent
Elles ne peuvent que pleurer et se taire.
Le mutisme est tellement plus simple
Mais peut être plus douloureux...
Acte barbare commis sur d’intimes lieux
Propres à elles. Elles se taisent.
Manifestation pour les droits de la femme.
Témoignage d’une jeune femme victime d’excision.
Ce n ’est pas un viol mais presque
Leur féminité est enlevée, envolée...
Pourront-elles la récupérer ?
Leurs voix sont muettes, personne ne les entend
La fuite vers des terres meilleures
N’est pas une échappatoire
Leur destin les rattrapent souvent
Ses filles, ses fillettes muettes
Le sujet doit rester tabou
On en parle un jour puis on oublie...
Des milliers de gens s’éparpillent sous mes yeux
Leurs cris ont-ils été entendus ?